Exprimer en quelques lignes les difficultés de vivre avec une personne atteinte d’un trouble bipolaire n’est pas une sinécure. On a quand même voulu apporter notre témoignage: il est tout de même possible de cheminer sainement avec un père atteint de cette maladie, en autant qu’on arrive à se détacher de la culpabilité qui nous envahit lors des moments pénibles qui entourent cette psychose.
Enfants, nous n’étions pas toujours tout à fait conscients de son état, car notre mère, voulant nous protéger, nous a parfois caché la vérité. Plus nous vieillissions, plus nous percevions l’état mental dans lequel notre père se trouvait. Malgré cela, c’était un père aimant, capable de nous transmettre des valeurs auxquelles il tenait et qui nous ont permis de cheminer vers notre vie adulte.
Les années ont passé et il allait de mieux en mieux. Parfois, des rechutes l’obligeaient à se rendre à l’hôpital, chose qu’il ne faisait jamais de son plein gré. Après quelques mois de convalescence, on retrouvait notre père, en santé.
Aujourd’hui, il n’est plus ce qu’il était. Plus les années filent, plus il perd le sens des responsabilités, plus il devient agressif et manipulateur, plus il essaie de nous culpabiliser. Chacun de nous cinq a développé une carapace, plus ou moins épaisse, dépendant de la personnalité de chacun. Certains le voient occasionnellement, d’autres ont fait le choix de ne plus le rencontrer pour l’instant et tous, nous sommes très respectueux des décisions de chacun.
Le plus grave problème auquel nous faisons face est notre impuissance à l’aider. Impuissance, parce qu’il ne veut pas se faire soigner, il ne va pas chercher l’aide dont il aurait besoin. On ne demande pas à un cardiaque s’il veut recevoir des soins, on lui en donne! Et Dieu sait que ces malades, ayant de la difficulté à s’assumer, ne sentent pas la nécessité de se prendre en main, d’où notre impuissance. Que peut-on faire pour lui s’il refuse systématiquement notre aide?
Tout ce que nous espérons, c’est qu’un jour peut-être, il se rende compte de son problème, qu’il accepte sa maladie et qu’il s’assume enfin. Car cet homme doit vivre une très grande souffrance intérieure. Et par le fait même, son entourage souffre également.
Retrouver notre père en santé serait le plus beau cadeau que nous puissions recevoir. Et nous le chéririons pour toutes les années qu’il lui reste à vivre. On t’aime papa!
Écrire demande beaucoup de retours sur soi-même. Revivre intérieurement des émotions intenses, difficiles, pénibles alors qu’on a souvent envie de les balayer sous le tapis… Mais tôt ou tard, il faut lever le tapis, sinon il devient tellement surélevé de toute la poussière qu’on y a caché qu’il devient accrochant, voire dangereux.
Notre beau grand garçon de 17 ans aux yeux bleus magnifiques, fils unique, change. Auparavant populaire auprès de ses amis, il ne veut plus sortir. Énergique et sportif aux multiples trophées, il ne bouge plus et reste des heures dans le vague. Lorsque nous discutons avec lui, il nous dit « Non, non je suis juste fatigué, je vais me reposer et ça va aller mieux. »
Donc, médecin, tests : un problème de thyroïde. Ça y est ! Nous avons trouvé. Pas de problème mon grand, tu prends ta petite Synthroid et le problème est réglé. Ouf!
L’énergie physique revient un peu, lentement, mais les heures dans le vague demeurent et ses beaux yeux bleus ne semblent pas en paix. On recommence, médecin, tests : rien de nouveau. Il part donc aux études à l’extérieur. Et là, tout bascule; nous recevons un appel de l’hôpital nous disant que notre fils est hospitalisé en psychiatrie. En psychiatrie, vous avez dit? Vite en auto, nous arrivons à l’hôpital sans le moindre souvenir des trois heures de voyage.
Nous n’y croyons pas, c’est un mauvais moment à passer, c’est l’adolescence, trop de stress… Nous demandons de pouvoir le ramener en Estrie, ce qui nous est accordé. Il passera alors plus d’un mois hospitalisé et aura un diagnostic de schizophrénie.
Pendant les premiers jours d’hospitalisation de notre fils, mon conjoint et moi sommes des zombies. Une journée de vide total, nous nous rendons sur la rue Dufferin et entrons dans le vieil édifice où logeait alors l’APPAMME. Nous montons lentement les marches et nous retrouvons dans un corridor avec plusieurs portes. De l’une d’elles, André Forest nous a aperçus… Il vient vers nous et nous offre de nous asseoir. Nous pouvons parler à quelqu’un!!! Quelqu’un nous écoute et comprend!!! Cela ne guérit pas notre fils, bien sûr, mais nous fait entrevoir une lumière dans notre tunnel.
En plus de nombreuses conversations avec Patrick, un intervenant d’Espace allié, nous participons à plusieurs réunions de groupe d’entraide. Pendant ce temps, l’état de notre fils s’améliore et nous consacrons toute notre énergie à l’aider à se rebâtir, de sorte qu’après un certain temps, on se dit : Ouf!
On est passé au travers! C’est réglé! La pensée magique…
Nous vivrons alors une véritable descente aux enfers : hospitalisation, contentions, difficultés à trouver la bonne médication, effets secondaires et, aussi, autant pour lui que pour nous. Nous n’avons jamais aimé le terme « accepter la maladie», nous dirons plutôt que nous commencerons alors véritablement à voir la réalité et à l’intégrer dans notre vie.
Nous vivons présentement une période harmonieuse, mais demeurons conscients de la fragilité, celle de notre fils et la nôtre. Nous avons beaucoup cheminé pendant ces années et devons poursuivre dans cette voie.
Nous assistons fréquemment à des conférences organisées par Espace allié; parfois il suffit d’une phrase pour nous recentrer, car, il faut bien l’avouer, nous aurons toujours besoin d’aide en tant que parents, en tant qu’individus et en tant que couple.
Nous avons eu l’immense bonheur de participer à un congrès de la FFAPAMM. C’est un peu comme un enfant qui se retrouve dans un magasin de jouets, on veut tout voir : tous les ateliers sont intéressants, tous les intervenants sont hautement qualifiés et tous les participants vivent des émotions intenses par rapport à un problème de santé mentale d’un proche. Nous en parlons sans réserve, nous comprenons les autres et nous nous sentons solidaires. Ne pas rester seuls, voilà la clef…
Un papa et une maman qui ne voient pas toujours les choses de la même façon, mais travaillent fort pour arriver à un résultat harmonieux…
Témoignage de parents
Jeune universitaire de 21 ans, notre fils avait bien hâte de terminer ses études et gagner sa vie. Chaque été, aussitôt les cours finis, il trimait dur, ne prenait pas beaucoup de vacances, ajoutant plutôt un stage pour aller plus vite. Nous ne le voyions pas souvent: quelques jours avant la rentrée en septembre, aux Fêtes, à la semaine de relâche et à quelques autres rares occasions durant l’année scolaire. Il réussissait bien, mais se disait fatigué et maigrissait. On pensait burnout, dépression.
Lors d’un séjour à la maison, il a avoué avoir de la difficulté à se lever, ne dormant pas beaucoup. Puis il avait eu un échec: le premier depuis le primaire. Il disait: « Je ne sais plus par quoi commencer, j’ai trop de travaux à remettre, d’études à faire… ».
Pas question de prendre du repos en laissant tomber la session ou quelques cours, comme nous le lui suggérions. Il repartit donc, avec beaucoup de lassitude, mais pas pour longtemps.
Trois semaines plus tard, il revenait sans bagage, ayant tout laissé à sa pension. « Je n’en peux plus, je suis complètement démoli… ». Et, dans les heures et les jours qui ont suivi, tout a basculé : hallucinations, délires, peurs, pleurs, angoisses; il ne dormait plus, nous non plus.
Que se passe-t-il? Nous avons consulté en psychiatrie et le diagnostic de schizophrénie est tombé.
Douloureux et ahurissant à entendre, ce diagnostic si rapide.
Très, très souffrant pour la personne atteinte et pour les proches aussi.
Puis, on se dit: c’est juste un diagnostic, ce ne peut être ça… et il va guérir… pas une autre crise! Insomnie… prières… pleurs… rage… une autre hospitalisation encore… un autre médicament…
Que va-t-il devenir? Qu’est-ce qu’on peut faire? Il reste couché…
Il n’a plus de motivation… Il faut lui dire de se laver… Il a peur de mourir… on pense à lui tout le temps… on n’ose plus sortir… on est toujours rendu à l’hôpital… on oublie presque qu’il a une sœur… il prend trop de place… il nous suit partout dans la maison… il ne veut plus prendre ses médicaments… ça va un peu mieux… ça recommence… pas encore! Téléphones…
Fort heureusement que Espace allié existe. C’est là que nous avons pu vider le trop-plein de nos inquiétudes, en étant accueillis et compris, puisque c’est le lot de plusieurs familles vivant la problématique de la maladie mentale; l’impuissance, le sentiment d’être démunis, nous le partageons. Nous nous sommes sentis soutenus, non jugés, plus aguerris. Mieux informés, nous pouvons accompagner plus adéquatement notre fils et pour nous, Espace allié est une ressource à laquelle nous recourons pour mieux vivre et apprendre à faire avec la maladie mentale.
Signé,
Un couple en cheminement
Les enfants de la famille C.
Nous avons quatre enfants, deux filles et deux garçons, dont nous sommes très fiers. Mais pour le plus vieux de nos fils, la vie devait prendre un tout autre tournant…
Il avait pourtant de beaux rêves : avoir un bon emploi, une épouse, des enfants, fonder quelque chose de durable. Mais ça n’a pas été comme il le voulait. Il a eu un emploi, un mariage et deux garçons. Mais au bout de six ans, son épouse le quitte.
C’est alors la rupture, l’effondrement, les rejets. N’acceptant pas la défaite, il quitte son emploi, abandonne tout. Ce sont alors les dépressions qui n’en finissent plus. Nous avons tout essayé pour le comprendre, jusqu’à l’héberger.
Après quelques années, nous n’en pouvions plus. C’est alors une de ses sœurs qui décide de le faire venir à Montréal. C’est de pire en pire. Il prend un appartement; jour après jour, les interurbains n’en finissent plus, il prend toute sa médication avec de l’alcool… et vinrent les allers-retours dans les hôpitaux.
Nous le ramenons à Sherbrooke, avec son consentement, dans un appartement qui semblait lui convenir, mais rien ne portait fruit.
Après douze années à se faire des angoisses, à se questionner, mon gendre me fait parvenir de la documentation concernant les activités d’ Espace allié. Au bout de quelques rencontres, je finis par comprendre : je ne dois plus répondre à toutes ses demandes. Plusieurs autres séjours à l’hôpital s’en suivent; là, il fut enfin bien diagnostiqué, comme maniacodépressif.
Nous avons fait un bon bout de chemin, qui nous a amenés à une grande liberté envers nous-mêmes. Nous avons pris du recul, il sait maintenant que nous sommes là, pour l’aimer tout en nous respectant. À présent, nous recevons nos autres enfants sans que tout tourne autour de lui. Il est plus calme, il accepte sa maladie. Il s’est fait des amis qu’il a rencontrés à la Maison St-Georges, des gens avec qui il peut partager ses rêves, ses joies et ses déceptions.
Merci à Espace allié, qui m’a toujours écoutée et qui m’apporte une grande sérénité.
Signé,
C.
Je suis la troisième d’une famille de cinq enfants. J’ai trois frères et une sœur que j’aime beaucoup et que je materne presque, probablement à cause de notre différence d’âge. Elle a toujours été différente de moi et de mes frères, mais je ne m’en faisais pas beaucoup jusqu’à il y a environ un an. Lorsqu’une circonstance m’a fait prendre conscience de l’ampleur du problème.
J’ai réalisé que ma sœur souffrait probablement d’une maladie mentale dont je tairai le nom, la maladie n’ayant pas été diagnostiquée par des professionnels de la santé (d’autant plus qu’elle souffre d’un problème de la glande thyroïde, ce qui peut amener un déséquilibre physique et mental).
Si je recule à l’enfance, je peux vous dire que ma sœur fut une enfant exemplaire jusqu’à l’âge scolaire. Elle était à cette époque une petite fille ordonnée, polie, sage, débrouillarde et très intelligente (elle possède encore aujourd’hui certaines de ces qualités). Puis, cela a lentement dégénéré. À l’adolescence, problème d’anorexie. Dans la vingtaine, « up and down » de plus en plus fréquents, crises, manipulation et mensonges pour arriver à ses fins. Difficultés à garder ses emplois, ses logements, à gérer son argent. Instabilité dans ses amours et ses amitiés.
Bref, une grande instabilité dans tous les sens du mot.
Plus elle vieillit, plus elle s’enfonce dans un trou. Faillite personnelle, entourée de gens dysfonctionnels. Elle fuit la réalité, s’enfuit vers les grandes villes comme pour mieux s’étourdir. Elle possède de grands rêves presque irréalisables.
Il y a environ un an, des circonstances exténuantes nous ont fait prendre conscience de la gravité du problème. C’est là que j’ai compris l’importance d’une famille unie. Nous avons eu une série de réunions familiales pour venir en aide à ma sœur. Le mot d’ordre : l’aider à s’en sortir, car nous l’aimons tous et voulons le bonheur d’elle et de son fils (elle est mère monoparentale et cela n’est pas toujours évident).
Nous réussissons donc à la faire revenir ici, près de nous, pour pouvoir mieux les aider, elle et son enfant. Là, je dois avouer, même si je ne regrette rien de tout ce qu’on a pu faire comme tentative d’aide, que nous ne savions pas dans quoi nous plongions. Ma sœur accepta de mauvais gré de rencontrer deux psychiatres à raison d’une heure chacun. Suite à son diagnostic de « personne souffrant d’instabilité légère » et ma sœur ayant les lois de son côté, je peux vous dire que l’enfer commença pour nous tous. Un à un, jour après jour, elle essaie de nous monter les uns contre les autres, nous déstabilisant, nous faisant presque regretter d’avoir essayé de lui venir en aide. Nous ne pouvions plus grand-chose pour elle.
Nous n’avions plus ni force ni énergie pour continuer le combat. C’est à ce moment qu’on a dû rendre les armes avec toute l’impuissance du monde; nous avons « lâché prise », mes parents, mes frères et moi.
Personnellement, je dois dire que je suis allée au bas fond de moi-même. J’ai vraiment touché à l’impuissance, au désespoir, à la colère, à la rage et à l’agressivité. J’ai dû me rendre à l’évidence et « lâcher prise », car je me détruisais. En théorie, c’est très facile, mais, en pratique, c’est tout autre chose. J’ai dû faire le deuil d’une sœur stable et équilibrée, à moins qu’un jour elle ne décide de se faire traiter.
À tous ceux qui vivent entourés de gens atteints de maladie mentale, je veux juste vous conseiller de ne pas vous isoler; allez chercher de l’aide, ne prenez pas tout sur vos épaules en vous disant que vous y arriverez seul. Dans mon cas, Espace allié fut d’un très grand secours. J’étais désemparée. On m’a ouvert la porte, on m’a accueillie, soutenue, écoutée, aidée à comprendre la maladie mentale et la personne malade. J’ai vu des gens qui s’en sont sortis, des gens d’une grande sérénité. Et à mon avis, c’est très important lorsqu’on est dans un tunnel et qu’on ne voit plus la lumière.
Bon courage à tous ceux qui traversent ce genre d’épreuve.
Lâchez prise, mais ne perdez pas espoir.
L.
Garder l’équilibre dans le déséquilibre
Je croyais que je venais de gagner un billet pour une descente aux enfers. J’étais bouleversée de voir mon frère dans cet état. À vrai dire, je ne le reconnaissais même plus…
J’ai 24 ans, je suis une jeune femme pleine d’énergie qui mord dans la vie. Je travaille comme éducatrice à la petite enfance et j’ai des projets plein la tête. Il s’agit d’une réalité partagée par la majorité des jeunes de mon âge. Pourtant, il y a un aspect de ma vie que j’ai eu de la difficulté à verbaliser, j’ai grandi dans un univers bien particulier, celui de la maladie mentale.
Mes parents ont vécu des périodes que je qualifierais de très difficiles. Déjà, toute petite, je devais composer avec MA normalité, une réalité qui était bien loin de celle de mes amis. La maladie mentale de mes parents ne leur était pas exclusive. Leurs problèmes avaient de lourdes conséquences sur mon jeune frère et moi. Gamine, j’assumais des responsabilités parentales qui sont normalement dévolues aux adultes. J’aurais dû être protégée par ma famille, mais c’est moi qui la protégeais. Nous vivions dans un équilibre fragile.
Mon petit frère et moi faisions équipe. Un tandem où la confiance et la complicité étaient au rendez-vous. Nous nous sommes écorché les genoux en tombant, ce n’était pas grave, nous avons appris à nous relever. Nous avons joué ensemble, pleuré à deux et rêvé d’une vie meilleure. Depuis mon enfance, il était mon camarade de jeux, mon complice, mon confident, celui sur qui je pouvais compter… mon petit frère!
Jusqu’au jour où le sol s’effondre.
Dans la vie, il y a des tremblements de terre qui apeurent la population, des catastrophes naturelles sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. C’est ce que j’ai vécu avec mon frère, car, bien malgré lui, il m’a fait vivre un séisme psychologique.
À l’école secondaire, je savais qu’il consommait de la drogue comme plusieurs de son âge. J’ai cru remarquer certains changements dans son comportement, mais rien de catastrophique. À son entrée au Cégep, ses bizarreries prenaient de plus en plus de place dans notre quotidien. La drogue ne pouvait plus servir d’excuse. Notre ciel s’est assombri totalement le jour où j’ai retrouvé ses écrits dans une poubelle. Il y avait là des idées incohérentes, un discours complètement désorganisé. Pour moi, c’était comme si les histoires du passé revenaient me hanter. J’ai dû prendre mon courage à deux mains pour faire hospitaliser mon frère. La famille a éclaté et les amis se sont éloignés. J’étais bouleversée de voir mon frère dans cet état. À vrai dire, je ne le reconnaissais même plus. J’aurais aimé pouvoir le rejoindre dans son monde pour qu’il soit moins seul…
Des questions plein la tête
À ce moment-là, plusieurs questions me sont venues en tête. Pourquoi lui? Où est rendu mon petit frère, mon complice? Qu’est-ce qui se passe dans sa tête? Comment puis-je faire pour l’aider? Qu’est-ce qui va lui arriver? Qu’est-ce qui va nous arriver? Qu’est-ce que les gens vont penser?
Ce n’était pas comme si mon frère avait eu un cancer. La maladie mentale n’attire pas la sympathie ou la compassion, mais plutôt la crainte et la curiosité. Mon frère était ridiculisé et des remarques désobligeantes nous étaient adressées: « Il est rendu fou! », « C’est toi la prochaine! », « Une famille de fous! ». Les tabous entourant les maladies mentales ont tellement de répercussions, je les ai vécues à la puissance dix, une expérience peu enviable.
La maladie mentale de mon frère a provoqué le recul et les indélicatesses. Le regard des gens est devenu inquisiteur. On veut savoir, mais aussi voir à quoi ressemble une famille de fous. En fait, on se demande ce qui a rendu la personne malade, mais encore parfois pire, qui l’a rendue malade. Comme si l’apparition de la maladie mentale était la faute de quelqu’un…
Une lueur d’espoir
À l’âge de 15 ans, j’ai eu la chance de rencontrer une travailleuse sociale. Elle m’a fait prendre conscience de ma marginalité en m’annonçant que mes parents étaient atteints de maladie mentale. Ce fut grâce à cette intervenante que j’ai pris contact avec l’association de familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale de mon territoire. Cet organisme m’a énormément aidée. J’avais un endroit où me confier, j’ai été soutenue par des intervenants compétents et par les membres de l’association.
J’ai pu ainsi apaiser ma colère, mes sentiments de culpabilité, ma honte et mon amertume. Cette démarche m’a permis de comprendre les problèmes psychiatriques vécus dans ma famille. Une ressource qui a fait toute la différence dans mon cheminement. Heureusement, car quelques années plus tard, j’ai dû affronter l’inévitable: mon frère était malade, sa souffrance m’affectait et j’avais à nouveau besoin d’aide.
Prendre le contrôle de ma vie
Lorsque mon frère a vécu sa première crise psychotique, je ne savais plus où aller et à quelle porte frapper. J’ai donc pris le téléphone et j’ai rejoint l’association. Tout comme la première fois, j’ai obtenu des services qui ont répondu à mes besoins.
Dans mon cheminement, j’ai compris que je devais établir mes limites dans mon rôle d’accompagnatrice.
Aujourd’hui, je peux témoigner que ma relation avec mes parents et mon frère s’est grandement améliorée. Ils savent que je les aime et qu’ils peuvent compter sur moi. Ils comprennent cependant que j’ai récupéré ma vie et ils acceptent de composer avec mes limites. C’est ainsi que je contribue à leur rétablissement.
J’ai découvert mes forces, je suis bien entourée et j’ai retrouvé mon petit frère. Notre ciel a repris toutes ses couleurs. Nous avons appris à marcher ensemble et à cheminer dans un nouveau sentier, celui de sa maladie mentale. Le lien qui nous unit aujourd’hui est pour mon frère et moi une grande source d’espoir. Nous pouvons compter l’un sur l’autre, et ce, quoiqu’il advienne. Moi, je l’aime… et encore plus fort!
Maryse Guillemette
Ambassadrice de la campagne de sensibilisation 2008 de la FFAPAMM
www.avantdecraquer.com
La maladie mentale n’est pas venue impacter ma vie par un événement marqué ou défini. Inconnue, indéfinie et reniée, la maladie était sournoisement tapie en périphérie de ma prétention de contrôler mon quotidien, ma vie et mon couple.
Au début, il était notoire que ma compagne avait un trait de personnalité très développé; elle était jalouse et possessive. Surviennent alors les inévitables affrontements, mais je comprends : « Tous les couples passent par là ». J’en viens même à accepter le machiavélique théorème qui prétend que la jalousie est une preuve d’amour.
Les années passent et le trait de personnalité se mue en trouble de la personnalité. Fort de ma propension très marquée à éviter à tout prix les affrontements stériles que sont les chicanes de couple, il faut modifier notre mode de vie pour s’accommoder de la jalousie envahissante. Et cela me convient; je suis d’un naturel solitaire et mon emploi me fournit suffisamment de contacts sociaux pour accepter la réclusion que nous bâtissons autour de notre couple.
Les contacts avec la famille disparaissent. De toute façon, chaque fois qu’on les voit, c’est l’engueulade des jours durant. Les amis se font de plus en plus rares et souvent, lors des rencontres occasionnelles, on sent un malaise s’installer à un moment ou l’autre, car c’est devenu de notoriété que ma conjointe « a la mèche courte » !
Puis un jour; un deuil difficile, une dépression non soignée à une époque charnière (sa ménopause), et ma conjointe est atteinte de maladie mentale. En premier lieu, je vis un déni intraitable et radical. Je m’enfonce dans une relation fusionnelle dysfonctionnelle. Étant certain d’avoir ma part de tort, je me désintègre comme individu. Je tolère l’intolérable; la violence verbale, la violence physique et même la cruauté mentale.
Ma vie est désormais sous le signe de la peur; peur de se retrouver en public, peur de regarder une femme, peur qu’elle interprète encore des événements passés sous le nouvel éclairage de son obsessive jalousie. La glissade dans l’incohérence a beau prendre une allure vertigineuse, je me retranche toujours dans le déni.
Je m’explique les interventions policières, les internements en santé mentale et la maltraitance que je subis, parce qu’au plus profond de moi, je sens qu’elle souffre plus que moi. Qui plus est, dans les accalmies, elle est quelqu’un de réellement merveilleux. Complètement isolé, suicidaire et dépressif, je m’adresse aux services publics.
Mon expérience avec le CLSC fut désastreuse. Lors des trois rencontres que je sollicite, trois intervenantes différentes (réorganisation de services oblige) reprennent mon dossier à la case départ. Seule consolation : c’est au CLSC qu’on m’a parlé pour la première fois d’Espace allié. À mon premier contact, j’avais une attitude fermée, basée sur le sentiment que ce n’était pas pour moi, puisque ma conjointe n’avait jamais été officiellement diagnostiquée atteinte de maladie mentale.
En plus, je croyais ma conjointe qui me jurait que le spécialiste qui assurait son suivi depuis ses internements lui affirmait qu’elle allait guérir complètement. J’étais perdu, sans diagnostic précis (loi de protection des renseignements oblige). Je me rattachais à ce qu’elle m’affirmait : « C’est juste une grosse dépression »!
Mais dans les faits; nouvelle intervention policière, nouvel internement où elle refuse encore d’être hospitalisée, nouveau passage devant la justice pour obtenir le droit de poursuivre ses soins hospitaliers. Et là, un soir, en lisant l’affidavit de la contestation de garde en établissement, je réalise pour la première fois que je suis un proche d’une personne atteinte de maladie mentale. Lourd diagnostic : trouble délirant de type jalousie et trouble de personnalité limite sévère.
Il me faudra encore beaucoup de maltraitance, trouver une lettre d’intention de suicide et une opération policière d’envergure pour finalement concevoir que nous avons développé une relation dysfonctionnelle à ce point irréversible, que seule une séparation définitive peut nous permettre d’en survivre. Le 1er anniversaire de cette séparation sera dans quelques jours. Dire que ce fut une année difficile serait un euphémisme éhonté, mais je suis là. Ma vie commence à m’appartenir un peu plus, parce que j’ai su utiliser les ressources autour de moi :
• Une famille qui m’a réouvert les bras sans aucune amertume.
• Espace allié qui m’a offert gracieusement un suivi individuel, des groupes d’entraide et des conférences pertinentes.
• Mais surtout le temps ! Le temps de faire la paix avec mes souffrances. Le temps de me redécouvrir capable de décision. Le temps d’accepter que rien ne sera plus jamais comme avant, parce que ce qui ne nous tue pas, nous fait grandir.
Finalement, je pourrais cultiver des regrets parce que je n’ai à offrir à Espace allié qu’une gratitude sans borne qui n’a d’exutoire que le petit mot MERCI. Quand même, je prends la plume pour écrire : « Merci du fond du cœur à l’APPAMM-Estrie ». Croyez à ma sincérité, car je sais maintenant que je ne peux me payer le luxe des regrets si je veux aller de l’avant.
Y.
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Commencez par rassembler vos idées. Notez les éléments clés de votre vécu, sans vous soucier de la grammaire ou de la structure. Écrivez librement pour exprimer vos pensées telles qu’elles vous viennent.
Votre témoignage peut suivre ces grandes lignes, mais n’hésitez pas à ajuster selon ce qui vous convient :
- Avant la maladie :
- Présentez-vous et décrivez votre relation avec la personne atteinte.
- Parlez de sa vie avant l’apparition des premiers symptômes (ses intérêts, ses réalisations, etc.).
- Apparition des premiers symptômes :
- Décrivez les premiers signes de la maladie mentale.
- Comment avez-vous réagi et vécu ces changements?
- Racontez l’annonce du diagnostic et l’impact sur vous et la personne atteinte.
- Évolution et soutien :
- Expliquez comment la situation a évolué depuis le diagnostic.
- Parlez des services de soutien (comme Espace allié) et des éléments qui vous ont aidé dans votre parcours.
- Vision de l’avenir :
- Partagez vos réflexions sur l’avenir, pour vous et pour la personne que vous accompagnez.
Relisez votre témoignage après l’avoir laissé de côté un moment. Vous pouvez le réviser autant que nécessaire pour en être satisfait.
Note :
Votre témoignage peut être modifié par nos soins, tout en respectant son essence, pour garantir l’anonymat. En nous le soumettant, vous consentez à ce qu’il soit utilisé pour soutenir d’autres proches aidants ou sensibiliser le public.
Merci pour votre générosité !
Note : votre témoignage peut être modifié par nos soins, tout en respectant son essence, pour garantir l’anonymat. En nous le soumettant, vous consentez à ce qu’il soit utilisé pour soutenir d’autres proches aidants ou sensibiliser le public.


